Rencontre avec kitesy martin, créatrice inspirée

Au cœur de son pop-up, au 34 rue de la Verrerie, tout près du Marais, on retrouve Kitesy Martin Lefort pour une interview tout en simplicité. On discute d’art contemporain, de la nouvelle bague imaginée par Kitesy Martin Studio et de son pop-up, ouvert jusqu’au 28 juin 2026.

Le bijou comme vocation

La genèse de Kitesy Martin Studio n’existerait pas sans la mère de Kitesy Martin Lefort, une de ses premières inspirations : “Ma mère a des boîtes et des boîtes de bijoux fantaisies. C’est une femme des années 1980. Elle est à moitié chinoise, à moitié malgache. Ce mix culturel s’inscrit en elle. Elle est arrivée à Paris à 25 ans. Elle a toujours mélangé du doré, de l’argent, de l’or véritable, du plastique, des perles de pierres naturelles. Elle a toujours mélangé des pièces accessibles avec des pièces très précieuses”, explique Kitesy. Cette approche plurielle du bijou fait intégralement partie de l’ADN Kitesy Martin Studio comme un premier souvenir d’enfance marquant à l’origine de sa créativité.

Un an avant le baccalauréat, Kitesy comprend très vite qu’elle veut se spécialiser dans l’art et dans la création. Ayant grandi dans une famille peu sensible à l’art contemporain, la jeune femme décide de se construire en autodidacte ses références personnelles : “À mes 18 ans, j’ai pris conscience très vite que je n’avais aucune culture créative, sauf que j’habitais à Paris. J’ai donc commencé à aller tous les week-ends au Centre Pompidou. Je connaissais par cœur la collection permanente. Je m’étais mis comme challenge de me souvenir du nom de l’artiste sous chaque cartel. En fait, je me suis construite toute seule ma culture artistique.” Ses artistes favori·tes ? “Thomas Demand, c’est un de mes artistes préférés. J’aime aussi beaucoup le travail de Rineke Dijkstra, encore une artiste contemporaine qui fait de la photo. J’admire aussi beaucoup la démarche créative de Sophie Calle.”

Elle fait son entrée à l’école des Arts décoratifs de Paris, le début d’une formation qui l’amène à travailler pour les plus grandes maisons à l’instar de Balenciaga, Lacoste ou encore Balmain. “Mon rêve ultime, c'était d'être styliste dans une maison et de devenir directrice artistique. J’ai commencé à prendre cette voie-là mais très vite, j’ai aimé l’accessoire, les chaussures, les sacs et les bijoux”, développe-t-elle. Au cœur de ces institutions, la créatrice étoffe son goût tout en cultivant l’envie secrète de créer sa propre marque : “Quand j'ai voulu monter ma marque, c'était important d’imaginer des pièces faciles à produire seule. Je n’avais pas envie d'un artisan entre moi et le client.” Celle qu’on appelait Madame Bijoux à l’école fonde alors Kitesy Martin Studio en 2018. Amoureuse des produits bruts, Kitesy construit une esthétique travaillée où l’on retrouve certains traits communs comme le tressage, les perles épaisses, l’or et l’argent ou encore le mousqueton. Cette empreinte reconnaissable se traduit dans la toute première bague du label baptisée “La Duet”. L’or et l’argent s’entremêlent ici dans une pièce versatile que l’on peut séparer en deux. Une création faisant écho à un bijou d’enfance portée et conservée par Kitesy : Je me suis inspirée d’une bague vintage que ma mère m’a offerte quand j’étais toute petite. Je l’ai depuis longtemps et je n’en ai jamais trouvé une équivalente dans le commerce. Je l’ai juste rendue un peu plus impactante avec ce duo entre l’argent et le doré, une caractéristique de la marque.”

UN pop-up sur mesure signé Kitesy Martin Studio

Au 34 rue de la Verrerie, le pop-up est né d’une collaboration entre Kitesy Martin Studio et MVE-Collection, une maison de création française qui fabrique des meubles à partir de matériaux laissés sur des chantiers. Le pop-up Kitesy Martin Studio se veut comme un espace hybride au design léché dans lequel Kitesy réunit sa passion pour l’art et la photographie tout en mettant en lumière ses bijoux aux courbes organiques. On retrouve ses créations posées sur des livres d’art comme ceux de la photographe Nan Goldin par exemple. “Le pop-up s’articule en trois parties. Il y a la partie boutique avec notre nouvelle collection et notre collection permanente. On a ensuite une partie imaginée comme une expérience avec les photos de Caroline Grimprel pour la bague que l’on vient de sortir, La Duet. Puis, il y a la table où il va y avoir nos workshops et nos talks organisés tout au long du pop-up”, explique Kitesy.

Situé à l’origine au 36 passage Charles Dallery, le lieu où sont installés les bureaux et l’atelier, le studio Kitesy Martin a posé ses valises le temps de quelques semaines au centre de Paris, une manière de faire découvrir l’univers d’un label créé il y a sept ans par Kitesy Martin Lefort. À l’intérieur, la créatrice a rassemblé le travail de plusieurs de ses amies proches comme la céramiste Lola Mayeras, qui détourne les objets du quotidien en véritables œuvres d’art. En parallèle des talks organisés pour l’occasion, avec la céramiste Lola Mayeras et l’artiste Johanna Tordjman notamment, Kitesy prévoit également des workshops tournés autour de l’upcycling pour décorer une boucle d’oreille, une tasse ou un carnet. Bien plus qu’une marque de bijoux, l’esprit Kitesy Martin Studio tend à devenir un lifestyle au carrefour de la culture, de la mode et de l’art de vivre.

Authenticité, création et transparence

Chez Kitesy Martin Studio, le processus de création part toujours d’un point de départ, d’une image ou d’une photographie. Ensuite, Kitesy creuse son sujet avec un vrai travail de recherche comme un·e acteur·ice qui travaillerait son rôle pour un long-métrage. “Je vais chercher des images d'aujourd'hui que j'incorpore à mon moodboard. J'essaie de toujours être connectée avec la réalité d'une femme qui va finir par porter des bijoux.” Un parcours qui prend du temps et qui a besoin d’être mûri pour aboutir à une collection. Ensuite, Kitesy s’entoure de son équipe pour les détails techniques, les gammes couleurs et les gammes matières. Pour les campagnes de ses collections, Kitesy oscille entre des collaborations avec des artistes, à l’instar de la série de photographies “Hands of Kitesy Martin Studio” aux côtés de la photographe Caroline Grimprel, et des clichés qu’elle réalise elle-même à l’argentique. Une authenticité iconographique qui fait sa force et qui illustre la simplicité naturelle de Kitesy. “Pour moi, les images; c'est hyper important. J’arrive à comprendre ce qu’il faut et je me mets à la place de ma cliente parce qu’elle a besoin de savoir comment on porte le bijou”, raconte la créatrice.

Dans une démarche de transparence, Kitesy se plaît à filmer son quotidien au bureau sous forme de vlogs qu’elle publie sur Youtube. “J’avais envie de montrer la réalité de ce que représente une collection, les backstages en quelque sorte. Quand on montre la réalité aux gens, ça crédibilise le travail derrière. Moi, j’adore voir l’envers du décor, j’adore les vidéos de Loïc Prigent quand on voit les coulisses des maisons. C’est ça qui me plaît,” explique-t-elle. Devant la caméra, Kitesy partage ses coups durs, ses joies et les dessous de l’entrepreneuriat en équipe. Elle n’hésite pas à évoquer la difficulté de faire tourner un business indépendant malgré le succès international de sa ligne de bijoux : “Je trouve que c’est difficile. Il faut arrêter de fantasmer l’entrepreneuriat car la réalité financière est vraiment complexe. Il faut payer des bureaux, une équipe et se payer soi-même. Quand on parle de marques à succès, c’est parce que derrière il y a toujours un gros soutien financier.” Désormais, Kitesy Martin Studio grandit au fil des saisons et des collaborations, on peut citer celle avec Patou en 2024 ou encore celle avec Le Tanneur en 2025. Un succès mérité qui est couronné en prime par une clientèle fidèle et audacieuse : “Je reconnais toujours les filles qui portent du KM (Kitesy Martin), elles me ressemblent un peu. Je suis toujours contente de les voir. Parfois, je m’arrête pour leur dire. C’est génial !”

Pop-up Kitesy Martin Studio, ouvert jusqu’au 28 juin 2026, 34 rue de la Verrerie, 75004. Ouvert du lundi au samedi, de 11h à 20h.

Crédits photo ©Kitesy Martin Studio ©Enzo Lefort ©Alexis Raimbault ©Caroline Grimprel

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