Qui est LOLA DUBAS, la femme qui habille yoa et la nouvelle scène pop ?
Derrière un·e artiste se cache toujours une équipe tapie dans l’ombre. Quid de Lola Dubas, costumière et directrice artistique aux manettes du style de nombreuses artistes comme Yoa, Laure Benguigui ou Pi Ja Ma. Scénographie, costumes, photographie, création de contenu… Lola navigue à l’intersection de plusieurs disciplines afin d’écrire les histoires plurielles des musiciennes d’aujourd’hui. Indépendante, la jeune femme se distingue par un style atypique et un goût prononcé pour l’artisanat. Après plusieurs années au service de la scène émergente, la jeune femme a également lancé le podcast Femmes au bord de la crise de nerfs, une odyssée passionnante et mordante sur les femmes qui en ont marre des hommes. Rencontre avec Lola Dubas, un nom à absolument retenir.
La passion du costume
“Le costume, ça lie deux aspects de mon histoire familiale. J'ai eu beaucoup de musiciens et de musiciennes dans ma généalogie et aussi beaucoup de gens qui ont travaillé dans le textile”, explique Lola Dubas en amont de l’interview. Enfant, Lola se déguise souvent. Arrive ensuite l’adolescence et une passion fulgurante pour la filmographie de la réalisatrice Sofia Coppola, passage obligé pour les âmes créatives : “Je suis très fan de Sofia Coppola, c’est une grande inspiration et je ne peux pas m’en défaire.” Son entrée en école de mode lui fait découvrir d’autres modèles comme Martin Margiela, le Belge qui a révolutionné l’histoire de la mode contemporaine.
Passionnée d’art et plus particulièrement de peinture, la créatrice se nourrit d’influences culturelles éclectiques. Elle évoque, entre autres, le travail de l’artiste française Sophie Calle ainsi que celui de l’autrice-compositrice et interprète Lana Del Rey. Lola cite également son amie Caroline Bourgine, créatrice de la marque Bourgine dont la boutique-atelier est installée au 15 rue Racine à Paris. “Je suis une grosse geek de l'histoire du costume. Je regarde beaucoup les archives des musées comme celles du Victoria & Albert Museum. C’est vraiment là que je trouve mes inspirations”, explique Lola. Avec une appétence toute particulière pour le “cartoonesque” et les volumes, elle a su imposer son style tout en respectant les visions plurielles de ses clientes. Parvenir à insuffler sa patte sans effacer celles des autres, n’est-ce pas la clé du talent ? Manches gigots, longues jupes en tulle, crinolines, robe babydoll… Lola s’amuse avec les codes vestimentaires de la pop star pour mieux les détourner. Ici, il n’est pas question de sexualiser le corps mais plutôt de le mettre en valeur en respectant les directives de l’artiste.
Outre son aspect esthétique indéniable, le costume doit remplir un cahier des charges bien précis puisqu’il est porté lors d’une performance. Il doit s’adapter aux mouvements, au port hypothétique d’un instrument, aux conditions météorologiques etc. “Faire un costume, c’est un vrai challenge. C’est la création d’un vêtement de sport”, affirme Lola. C’est en alliant beauté et pragmatisme que la créatrice conçoit ses créations upcyclées, un travail d’orfèvre qu’elle imagine dans son atelier rue Saint-Marthe à Paris, Aune Atelier.
L’artisanat au cœur du projet
En 2025, l’artiste Flore Benguigui, ancienne chanteuse du groupe L’Impératrice, contacte Lola pour s’occuper de la direction artistique de son premier album jazz, i-330. Pour préparer ce projet d’envergure, Lola réalise de nombreuses recherches : “C'est la première fois que j'ai eu à faire un travail de recherche aussi important sur l'histoire. J'ai découvert des œuvres formidables et des artistes géniaux.” Du stylisme à l’image, Lola retranscrit la légèreté des morceaux de Flore Benguigui dans le vêtement et appose son style reconnaissable et coloré à la scénographie. De Yoa à Pi Ja Ma en passant par Egide, la costumière ne collabore qu’avec des femmes artistes, un choix qu’elle revendique : “C’est important pour moi de travailler avec des femmes, je me verrais mal ne pas prioriser cela. C’est plus agréable, c’est plus simple pour moi.”
Amatrice d’antiquités et de vêtements anciens, Lola n’utilise que des matières nobles sourcées de manière responsable pour fabriquer ses costumes. Au cœur de son travail réside un amour inconditionnel pour l’artisanat. “Mon but, ce n'est pas d'habiller les femmes comme des enfants ou comme des clowns. Je suis là pour faire quelque chose qui soit inédit, qu’on ne peut pas trouver dans le commerce”, développe-t-elle. Lola s’amuse à mélanger les matières comme de la pâte à modeler avec de la dentelle ancienne. Les volumes sont exagérés et les micro-détails se multiplient : boutons, froufrous et mini-chapeaux... Sa pratique artistique est spontanée presque instinctive. En parallèle de son travail de costumière et de styliste, la jeune femme a lancé LD, une collection de culottes faites à partir de chutes tissus issus de maisons de luxe : “C'est une idée que j'ai eue il y a un an. Après la sortie de La Favorite, j'ai eu envie de me concentrer sur un projet qui m'appartienne à 100%.”
Travailleuse indépendante, la créatrice a su multiplier les projets afin de subvenir à ses besoins, une réalité parfois complexe qu’elle ne cherche pas à cacher. En 2026, elle lance Seuil, un programme de création ouvert à tout·es. Durant 6 semaines, les inscrit·es réaliseront des exercices autour d’un thème commun jusqu’à l’organisation d’une exposition collective à Paris. Sans artifices, Lola ne se targue pas de faire de la mode durable mais envisage cela comme une démarche logique en accord avec ses valeurs personnelles : “Pour moi, ça se voit et c'est ça qui change toute la puissance de ce que tu fais. C'est ton intention et l'émotion que tu mets dans chaque fibre de ton travail.”
Son amitié avec yoa
“On s’est rencontrés quand on était au lycée et on s’est bien entendus. Au moment de sa première tournée, j'étais en dernière année d'école de mode et elle m'a proposé de m'occuper de ses costumes”, raconte Lola. Cette dernière travaille main dans la main avec Yoa pour développer son style sur scène mais aussi pour certaines photographies officielles comme sur la pochette de son premier album La Favorite, sorti en 2025. Inspirées par le film du réalisateur Yórgos Lánthimos, elles ont imaginé des silhouettes victoriennes faites de crinolines, de corsets et de manches gigots. Lors de l’édition 2026 du festival We Love Green, Lola a créé une jupe géante de 6 mètres de haut sur 8 mètres de large un travail colossal qui a bluffé les spectateur·ices.
Outre leur collaboration professionnelle, Yoa et Lola ont lancé, en mai 2026, un podcast baptisé “Femmes au bord de la crise de nerfs”, un titre inspiré lui aussi du cinéma comme nous l’explique la principale intéressée : “À l’époque, j’avais un groupe de discussion avec deux copines où se racontaient nos vies de jeunes femmes dans la vingtaine avec nos galères. Je l’ai appelé Femmes au bord de la crise de nerfs en référence au film d’Almodóvar.” Un nom atypique pour un format audio hebdomadaire dans lequel le duo raconte ses péripéties, le tout avec une autodérision délicieuse. Bien plus qu’un podcast, “Femmes au bord de la crise de nerfs” reflète l’univers visuel des deux artistes, un style kitsch voire même bizarre aux antipodes des codes associés à la “féminité”. Yoa et Lola se donnent alors la réplique dans leur appartement ou dans leur chambre, donnant lieu à des débats hilarants sur leurs relations passées. “C’est le titre parfait pour le podcast parce qu’on raconte des histoires un peu loufoques et pourtant tellement communes”, ajoute-t-elle. Au-delà de son ton léger et de ses anecdotes scatologiques fréquentes, le podcast “Femmes au bord de la crise de nerfs” offre un espace bienveillant et féministe pour les auditeur·ices en abordant frontalement la sexualité, la lassitude du dating moderne ou encore l’importance de l’amitié dans nos existences.
