Catch Up Culture : quand rattraper sa vie remplace le fait de la vivre ensemble
Voir ses amis chaque semaine est devenu un luxe pour de nombreuses personnes. Entre études, projets professionnels, déménagements et emplois du temps surchargés : les retrouvailles entre amis prennent souvent la forme d’un long debrief de plusieurs mois de vie en une heure autour d’un café. Ce phénomène est baptisé la “catch up culture”.
Popularisé par l’autrice Michelle Elman dans son livre “Bad Friend : why friendships breakup hurts and how to deal”, le concept de la “catch up culture” désigne cette tendance à entretenir ses amitiés à travers de longues séances de rattrapage, où chacun raconte les derniers mois de sa vie, plutôt qu’à travers des expériences vécues ensemble. Elle compare ce phénomène à une “roue de hamster” sans fin : des dîners consacrés à se raconter les événements survenus depuis la dernière rencontre, avant de recommencer le même exercice quelques mois plus tard.
Alors que les rendez-vous amoureux sont souvent considérés comme une priorité et leur absence comme un signe de fragilisation de la relation, les amitiés occupent généralement une place plus secondaire dans les agendas. Pour Michelle Elman, cette hiérarchie s’explique notamment par des normes sociales qui valorisent le couple et la famille, mais aussi par des rythmes de vie marqués par la surcharge de travail et le manque de temps.
Les réseaux sociaux ont-ils changé les amitiés ?
Selon l’autrice Michelle Elman, la “catch up culture” s’est particulièrement renforcée avec la période du confinement, durant laquelle l’entretien des relations reposait presque exclusivement sur les outils numériques.
Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle paradoxal dans ce phénomène : ils permettent de rester informé de la vie de ses proches tout en réduisant parfois les occasions de véritables échanges. En donnant accès continu aux moments clés du quotidien de ses amis, ils entretiennent aussi une forme d’illusion de proximité. Regarder les stories, liker les publications et réagir à des contenus donnent le sentiment de maintenir un lien, même lorsque les interactions réelles deviennent de plus en plus rares.
Créer des souvenirs plutôt que de rattraper le temps perdu
La “catch up culture” fragilise les amitiés, à travers l'enchaînement de longues mises à jour de vie, sans toujours comprendre pourquoi un sentiment de solitude persiste.
Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos proposent des pistes pour sortir de ce schéma. L’une des idées qui revient le plus est celle de la “reconstruction d’un village” : fondé sur des petits moments réguliers et une routine partagée. Plutôt que des retrouvailles ponctuées par des rattrapages de trois heures, il s’agit de privilégier des moments simples et fréquents : un repas d’anniversaire, un voyage annuel, une marche du dimanche. L’enjeu n’est plus de tout raconter d’un coup, mais de vivre des souvenirs ensemble, au fil du temps.
