Asfar Shamsi : nouvelle voix à suivre de près
©PEDRO SUMMER
Découvrir une artiste sans rien attendre d’elle, puis rester figé dès les premières secondes, c’est exactement l’effet que produit Asfar Shamsi. Révélée notamment lors de son passage sur Planète Rap en 2025 aux côtés de Youssef Swatt's, elle s’impose comme une présence singulière, presque déroutante dans le paysage actuel.
Ce qui frappe d’abord, c’est le décalage. Rien, ni dans son image ni dans les attentes que l’on peut projeter, ne prépare réellement à ce qu’elle propose musicalement. Et pourtant, dès qu’elle pose la voix, tout s’éclaire : une tonalité sensible, une écriture précise, et surtout une capacité à transmettre énormément en très peu de mots. Son morceau “2006”, interprété lors de cette session, en est une parfaite illustration. Derrière une apparente simplicité, le titre est chargé de nostalgie. Une phrase en particulier retient l’attention : « redonnez-moi la France de Mélanie ». Une référence directe à Diam's, figure majeure des années 2000, dont l’impact dépassait largement la musique. En une seule ligne, Asfar Shamsi convoque toute une époque, ses luttes, ses émotions, et une certaine idée de la sincérité artistique aujourd’hui parfois absente.
Mais si “2006” intrigue, c’est véritablement avec “Ses yeux” que l’artiste accroche définitivement. Le morceau agit comme un arrêt sur image : une intensité émotionnelle qui capte l’attention sans effort, une authenticité rare qui ne cherche pas à en faire trop. C’est précisément cette retenue qui la rend si forte.
Au-delà de ces deux morceaux, Asfar Shamsi ne se limite pas à quelques instants marquants. Elle a également dévoilé un EP, “cuicui”, qui confirme toute l’étendue de son univers. Un projet éclectique, où les sonorités se croisent et se répondent sans jamais perdre en cohérence. Entre pop et rap, elle y développe une palette musicale large, fidèle à sa volonté de ne pas se limiter à un seul registre
On y retrouve cette même sensibilité qui traverse “2006” et “Ses yeux”, mais explorée sous différentes formes. Chaque titre propose une couleur différente, comme autant de facettes d’une artiste qui refuse de se laisser enfermer dans un seul registre. C’est précisément ce qui rend son travail si intéressant : cette capacité à surprendre, à naviguer entre les ambiances tout en gardant une identité forte. Là où certains cherchent à coller à une tendance, Asfar Shamsi semble déjà tracer sa propre direction.
Une artiste à suivre de très près.
