Rachel Ojuromi : la it-girl qui transforme les rues de Lagos en podium
Photo : @sr_odey
Styliste : @flygirl____debby
Sur TikTok, une seule vidéo suffit pour comprendre le phénomène. Rachel Ojuromi filme les rues de sa ville, Lagos, et rassemble autour d'elle une communauté grandissante de jeunes fascinés par son univers.
Chaque vidéo de Rachel Ojuromi, alias @giverachelashot, commence de la même façon : une rue de Lagos, une tenue soigneusement pensée, et cette énergie qui donne l'impression d'assister à un clip tourné en 2004. Le marché, les enfants qui courent, la circulation, les passants curieux : tout se fond dans le cadre sans jamais paraître mis en scène. En quelques mois seulement, la jeune femme est devenue l'une des figures les plus suivies de la mode sur internet.
Une enfance nourrie par le marché de Lagos
Rachel a grandi à Lagos, une ville qu'elle dit n'avoir presque jamais quittée. Sa mère tenait un stand de vêtements au marché, et s'habiller a toujours fait partie du quotidien plutôt que d'un rêve lointain. Chez elle, la créativité n'a jamais eu besoin d'être conquise : elle était déjà là, tissée dans la vie de tous les jours.
Une vocation née sans plan
Pas de stratégie de croissance, pas de plan marketing derrière tout ça. Une proche lui suggère un jour de se filmer dans une chemise qu'elle trouvait parfaite pour son style. Rachel attend d'avoir une tenue qu'elle juge réellement intéressante avant de se lancer, refusant que la vidéo paraisse basique ou bâclée. Elle la poste. La vidéo décolle. Elle continue.
Un style "nostalgique mais réfléchi"
Elle décrit son style sans jamais chercher à l’enfermer dans une formule. Il s’est façonné au fil des années, nourri par un imaginaire fait de vieux clips musicaux, d’archives de défilés, d’esthétique Tumblr, de glamour un peu bootleg et de forums de mode des débuts d’Internet.
Lagos, décor et actrice principale
Ce qui frappe dans ses vidéos, c'est la manière dont la ville entière semble embarquée avec elle. Les enfants s'invitent spontanément dans le cadre. Des commerçants proposent leurs boutiques comme décor pour montrer leurs produits. Il y a d'abord une forme de méfiance, le temps que les gens comprennent ce qui se passe, puis tout le monde finit par participer. Filmer à Lagos, dit-elle, c'est avant tout une expérience collective plutôt qu'un exercice solitaire.
Ce qu'elle veut prouver
Rachel raconte que la réponse à son travail a dépassé tout ce qu'elle attendait. Ce qui la touche le plus, ce ne sont pas les vues, mais les jeunes africains qui lui écrivent en se sentant enfin représentés. L'objectif n'a jamais été de devenir virale : il s'agissait de prouver que les enfants d'Afrique absorbent les mêmes références culturelles que n'importe qui ailleurs, et qu'ils ont, eux aussi, de quoi faire trembler le monde avec ce qu'ils ont déjà entre les mains.
The Process Africa, un prolongement plus engagé
En parallèle de ses vidéos, Rachel a lancé The Process Africa, une plateforme dédiée à l'art et à la culture qui documente et met en lumière les artistes et récits africains sous-représentés. Une manière pour elle de prolonger, dans un format plus éditorial, ce qu'elle défend déjà à travers ses vidéos : donner de la visibilité à une jeunesse créative trop souvent ignorée par les circuits classiques.
Et la suite ?
Interrogée sur ses projets, Rachel refuse de se laisser enfermer dans une case. Elle veut aller aussi loin que possible, y compris vers ce qui semble aujourd'hui impossible, sans jamais laisser la perception qu'on a d'elle limiter ce qu'elle pourrait devenir demain.
