Running, matcha et starva : jusqu’où ira la mode du sport ?
Il y a un moment où la question finit par s'imposer : jusqu'où ira cette nouvelle obsession pour le sport ? À partir de quel niveau de saturation dira-t-on « stop » ?
Aujourd'hui, impossible d'ouvrir TikTok ou Instagram sans tomber sur une vidéo de course commentée sur Strava, un nouveau running club qui se lance dans notre ville, ou un café où le matcha est devenu l'accessoire indispensable de la sortie running. La question n'est plus seulement "est-ce qu'on court", mais "est-ce qu'on le montre bien".
Au delà de l’aspect sportif, la course a pied est devenue un phénomène culturel. On le remarque par les tenues, les montres connectées, les statistiques de performance, les cafés d'après-course, les playlists, les vidéos "Day in my life"… Tout participe à construire une image du running comme un art de vivre.
Cette popularité n'a pourtant rien de négatif. Au contraire, voir davantage de personnes pratiquer une activité physique est une excellente nouvelle. Les réseaux sociaux ont permis à beaucoup de se motiver, de trouver une communauté ou simplement d'oser franchir le pas.
Quand la démocratisation fait oubler L’exigence.
Derrière les images esthétiques et les contenus inspirants se cache une toute autre réalité. Courir un semi-marathon ou préparer un marathon demande du temps, de la progressivité et une véritable préparation physique.
On voit des vidéos où des participants enchaînent les pauses pour boire un matcha, filmer du contenu ou transformer une compétition en sortie lifestyle. Ces scènes peuvent banaliser la difficulté réelle d'un effort d'endurance et laisser penser que tout le monde peut s'y lancer sans réelle préparation.
Le risque est d'autant plus important que l'effet de mode pousse certains à vouloir aller toujours plus loin. Après le premier 10 kilomètres viennent le semi-marathon, puis le marathon, puis les compétitions hybrides comme le Hyrox. Dans cette logique de dépassement permanent, l'objectif devient parfois de suivre la tendance plutôt que d'écouter son corps.
Cependant, celui-ci a ses limites. Ces derniers mois, plusieurs incidents lors de compétitions sont venus rappeler qu'un effort intense ne s'improvise pas. Lors d'une épreuve Hyrox, un participant est décédé après un malaise pendant la compétition. Ce drame rappelle qu'un sport, aussi populaire soit-il, reste une activité physique qui exige une préparation adaptée et le respect de ses propres capacités.
Les réseaux sociaux ont sans doute rendu le sport plus visible que jamais. Ils ont contribué à créer des communautés, à motiver des milliers de personnes et à faire tomber certaines barrières. Mais ils ont aussi transformé la pratique sportive en objet de consommation, où l'image prend parfois le pas sur l'effort lui-même.
La véritable question n'est donc pas de savoir s'il y a « trop » de running clubs, trop de Strava ou trop de matcha. Elle est de savoir si, à force de transformer le sport en tendance, on ne risque pas d'oublier ce qui fait son essence : un effort physique qui demande du temps, de la patience et du respect pour son propre corps.
