Quand TikTok envahit les commerces
Pendant longtemps, les réseaux sociaux ont été les meilleurs alliés des petits commerces. Une vidéo virale, une recommandation sur TikTok ou Instagram, et un café de quartier, une librairie ou une boutique indépendante pouvait voir sa fréquentation exploser du jour au lendemain. Mais à mesure que ces lieux deviennent des "spots" incontournables, on se demande si les visiteurs viennent encore pour ce que le commerce propose, ou simplement pour le décor.
Certains glaciers, restaurants ou boutiques deviennent célèbres non seulement pour leurs produits, mais pour l’image qu’ils permettent de créer et de partager en ligne.Le fameux « lieu à voir » devient alors parfois un décor de shooting grandeur nature.
Sur TikTok, certains établissements connaissent une seconde vie grâce à leur esthétique. Une devanture colorée, une décoration soignée ou un produit original suffisent parfois à attirer des milliers de visiteurs. Le problème, c'est que cette nouvelle clientèle ne se comporte pas toujours comme des clients.
Dans certains établissements, des visiteurs entrent uniquement pour prendre des photos ou tourner des vidéos. Ils occupent une table pendant plusieurs dizaines de minutes, réalisent une multitude de prises, changent de pose, puis repartent sans consommer.
Cette situation, de plus en plus fréquente et commence à agacer certains commerçants. Entre les clients qui attendent, les passages bloqués et les tournages improvisés, le quotidien peut vite devenir compliqué.
Un exemple qui illustre bien ce phénomène : Folderol, un glacier-bar à vin parisien devenu viral sur les réseaux sociaux. Avec ses glaces artisanales accompagnées de verres de vin naturel, le lieu a rapidement attiré de nombreux visiteurs venus autant pour l’expérience que pour son potentiel Instagram. Face à l’afflux de personnes qui entraient principalement pour prendre des photos, l’établissement a même affiché un « NO TIKTOK », rappelant que le lieu reste avant tout un commerce où une équipe travaille au quotidien.
Même les grandes maisons doivent parfois poser des limites. Lors du pop-up café imaginé par Yves Saint Laurent, l’affluence de visiteurs venus réaliser des shootings improvisés a poussé le lieu à encadrer les prises de photos. Certains arrivaient même avec des valises et des tenues préparées pour créer du contenu. Un rappel qu’un café, même pensé comme une expérience esthétique, reste avant tout un endroit où l’on vient déguster un café.
C’est tout le paradoxe de la TikTokisation. Les réseaux sociaux peuvent offrir une opportunité incroyable aux petits commerces. Un établissement inconnu peut devenir une adresse incontournable en quelques jours grâce à une simple vidéo. Pour certains professionnels, cette visibilité représente une véritable chance de toucher une clientèle qu’ils n’auraient jamais atteinte autrement.
Mais cette visibilité peut aussi modifier la relation entre le lieu et ses visiteurs. Certains consommateurs ne viennent plus seulement pour découvrir un produit ou vivre une expérience, mais pour repartir avec une preuve numérique de leur passage. Le lieu devient alors une étape dans une liste de « spots TikTok » à collectionner.
Pour autant, le problème n’est pas TikTok en lui-même. Les réseaux sociaux ont changé la manière dont les commerces se font connaître et peuvent être une véritable chance pour les indépendants. L’enjeu est plutôt de trouver un équilibre entre visibilité et respect du lieu.
Après tout, derrière chaque décor devenu viral se cache avant tout un commerce... et des employés qui ne sont pas figurants dans une vidéo TikTok.
