Comment les romances adaptées par les plateformes de streaming mettent en scène le green flag man ?
Garrett Graham, Dean Di Laurentis, ou encore John Logan : depuis la sortie d’Off Campus sur Prime Video, les héros de la saga d’Elle Kennedy envahissent les réseaux sociaux. Sur TikTok, les spectateurs les qualifient de «green flag», ces hommes idéaux qui incarnent l'écoute, le respect et la maturité émotionnelle. Alors que les plateformes de streaming multiplient les adaptations de romances à succès, de À tous les garçons que j’ai aimés à Maxton Hall, une nouvelle figure masculine semble s'imposer à l'écran. Derrière ce phénomène, c'est toute une évolution des représentations amoureuses et des attentes de la génération Z qui se dessine. La créatrice de contenu spécialisée dans les séries et le cinéma, Leyna Campal, donne son point de vue sur la question.
Une vidéo TikTok dans laquelle sont classés les hommes les plus «green flag» de Prime Video cumule plusieurs millions de vues. De Conrad Fisher dans L’Été où je suis devenue jolie à Gat Patil dans Nous les menteurs, ces héros romantiques sont applaudis pour leur maturité émotionnelle, leur capacité à communiquer, leur loyauté, leur bienveillance et le soutien qu'ils apportent à leurs partenaires.
Du Bad Boy au Green flag
Pendant longtemps, les comédies romantiques et les séries pour adolescents opposent deux figures masculines : d’un côté le “gentil”, souvent perçu comme peu attirant - de l’autre le bad boy, mystérieux, rebelle et charismatique. Cette représentation nourrit l’idée selon laquelle les femmes seraient davantage attirées par les hommes compliqués que par les partenaires stables et bienveillants.
Dans des séries comme Gossip Girl, The Vampire Diaries ou Outer Banks, des personnages comme Chuck Bass, Damon Salvatore ou Rafe Cameron s’imposent comme les favoris du public. Souvent présentés comme arrogants ou impulsifs, ils bénéficient d’une intrigue qui invite les spectateurs à regarder au-delà de leurs défauts. Au fil des épisodes, leurs fragilités sont mises en lumière : Damon agit sous l'influence de siècles de solitude et de culpabilité, tandis que Rafe est constamment en quête de reconnaissance et d'amour de la part de son père. Derrière leurs nombreux red flags, les scénaristes révèlent une vulnérabilité qui contribue à les rendre détestablement attachants. Pour autant, cette idéalisation ne s’accompagne plus de la même idéalisation qu'auparavant : “Les relations toxiques sont moins glamourisées” observe Leyna Campal, créatrice de contenu spécialisée dans le cinéma et les séries. “Nous avons tendance à être attirés par les relations compliquées, notamment parce que la pop culture les met souvent en avant” poursuit-elle.
Mais depuis quelques années, les codes du héros romantique semblent évoluer. Pour Leyna Campal, cette évolution s’inscrit dans un changement des récits amoureux : “Nous sommes dans une période de transition. Les romances ont longtemps mis en avant des relations conflictuelles, des personnages masculins toxiques, à travers des dynamiques de type enemies to lovers et dark romance”. Aujourd’hui, les nouvelles séries mettent davantage en avant des personnages masculins émotionnellement disponibles, à l'écoute et capables de communiquer leurs sentiments.
Des figures comme Justin Edwards dans Forever, Min Ho dans XO, Kitty ou Garrett Graham dans Off Campus incarnent cette nouvelle génération de héros romantiques. Loin du mythe de l'homme inaccessible à sauver, ils séduisent par leur bienveillance, leur maturité émotionnelle et leur capacité à construire des relations plus saines. “Les attentes du public ont évolué avec le temps. Aujourd'hui, on est davantage attentif à la manière dont les relations sont représentées à l'écran” souligne Leyna Campal.
Le regard féminin redéfinit le héros romantique
Derrière les succès de Netflix ou Prime Video se trouvent des autrices de romance qui écrivent avant tout pour un lectorat féminin. “Leur regard influence forcément la manière dont les personnages masculins sont construits”, pensés comme des hommes capables de répondre aux attentes de leurs lectrices.
Dans les récits de Jenny Han, d’Elle Kennedy, ou d’Emily Henry, le personnage masculin se distingue par sa capacité à écouter, à soutenir l’héroïne et à respecter ses choix. Les gestes de tendresse, les discussions sincères ou bien l’attention portée au consentement occupent une place centrale. Et sur les réseaux sociaux, cette dernière est fortement applaudie.
C'est intéressant de voir que certaines attitudes qualifiées de “green flags” devraient simplement être considérées comme le minimum attendu dans une relation. Leyna Campal
En adaptant des romans qui rencontrent déjà un fort succès auprès des lectrices, les plateformes participent à la diffusion de ce nouveau modèle masculin.
Un homme idéal, mais toujours fantasmé ?
Sur TikTok, les vidéos consacrées aux héros de romance sont souvent accompagnées de commentaires assaisonnés d'humour et de déception : “Quand je me rends compte que Garrett Graham n'existe pas”, “Le problème, c'est que les hommes de livres ne sont pas réels” ou encore “Après, on me demande pourquoi j’ai de hauts standards”.
Derrière ces plaisanteries se cache un phénomène largement discuté sur les réseaux sociaux : celui de l'élévation des standards.
Pour une partie du public, ces personnages deviennent des références en matière de comportement amoureux. Ils incarnent des qualités parfois jugées rares dans les relations réelles : “ce type de personnage existe dans la réalité, mais il paraît parfois rare face aux modèles relationnels auxquels nous sommes habitués” appuie Leyna Campal.
Mais ces “green flag men” restent aussi des constructions de fiction : pensés pour faire rêver, ils évoluent dans des univers où les malentendus se résolvent en quelques épisodes et où les déclarations arrivent toujours au bon moment. Leurs défauts existent, mais ils sont généralement maîtrisés par les impératifs du récit. Une réalité bien différente de celle des relations amoureuses ordinaires, rythmées de contradictions et d'imperfections.
Le succès de ces personnages révèle un paradoxe : bien qu’ils soient fantasmés, ils expriment pourtant des attentes bien réelles. Les internautes ne réclament pas nécessairement un Garrett Graham dans leur vie, mais un partenaire capable d'offrir le même respect, la même attention et le même amour.
Plus qu'un idéal inaccessible, le “green flag man” apparaît comme le reflet d'une génération qui redéfinit ses exigences amoureuses.
