« Comment vous allez décider si le voile est islamique, qu’il est catholique, qu’il est juif ou qu’il est celui d’une femme qui a un cancer ? »
Cette question qui retourne internet depuis quelques jours est directement au cœur du débat qui revient sur le devant de la scène à l’approche de la présidentielle de 2027.
Le Rassemblement national veut interdire le port du voile islamique dans l’espace public. Une proposition que le parti défend depuis plusieurs années, mais qui revient aujourd’hui avec une place importante dans son discours politique. Jean-Philippe Tanguy, député RN, a notamment évoqué une possible amende pour les femmes portant le voile.
De quel voile parle-t-on exactement ?
Aujourd’hui, la loi française interdit déjà de dissimuler entièrement son visage dans l’espace public, comme avec une burqa ou un niqab. En revanche, un foulard qui laisse le visage découvert, comme le hijab, est autorisé dans l’espace public. Le projet du RN irait donc beaucoup plus loin en s’attaquant directement au port du voile lui-même. Pour le parti, le voile ne serait pas seulement un vêtement. Il serait le « symbole » ou « l’incarnation » de l’islamisme. Sébastien Chenu expliquait ainsi en juillet que le voile constituait, selon le RN, une expression politique de l’islamisme. Après les déclarations de Jean-Philippe Tanguy sur les amendes, Jordan Bardella a tenté de préciser le projet : selon lui, il ne s’agirait pas de mettre en place une « police du vêtement ». Le sujet serait intégré à un référendum consacré à la lutte contre « l’idéologie islamiste ».
Mais si une personne doit être sanctionnée parce qu’elle porte un certain type de foulard, quelqu’un devra bien déterminer que ce foulard est celui qui est interdit.
« Donc ça veut dire que vous ne sanctionnerez les femmes qui se couvrent les cheveux en fonction de leurs origines ou en fonction de leurs faciès ? » — François Kalfon
Le même foulard peut pourtant raconter des histoires complètement différentes. Pour certaines femmes, il représente une foi. Pour d’autres, il peut être lié à une maladie, à une culture familiale, à une habitude ou simplement à la mode.
Le vêtement est visible. La raison pour laquelle il est porté, elle, ne l’est pas.
Sur les réseaux sociaux, la réponse ne s’est pas fait attendre. Des personnes qui ne portent pas habituellement le voile se filment en train de mettre un foulard sur la tête et annoncent qu’elles le porteront si la loi passe. À travers les commentaires, beaucoup expriment leurs soutient en écrivant : « Si la loi passe, je porterais le voile ».
Hommes ou femmes, croyants ou non, le voile devient un geste de soutien. Si porter un foulard devient un acte interdit, ils seront prêts à le porter eux aussi.
