Pour celles et ceux qui n’ont jamais vraiment oublié Eternal Sunshine of the Spotless Mind, découvrez Comet.

Comet : et si l’amour n’était qu’une question de temps ?

Il y a des films que l’on regarde et que l’on oublie quelques jours plus tard. Et puis il y a ceux qui continuent de tourner dans notre tête bien après le générique. Comet, réalisé par Sam Esmail en 2014, appartient définitivement à la seconde catégorie.

Difficile, après l’avoir vu, de mettre immédiatement des mots sur ce que l’on ressent. On pourrait commencer par parler de sa réalisation, de sa photographie, de ses lumières, de son montage ou encore de sa bande-son : tout est pensé avec une précision presque hypnotique. Le film est aussi beau qu’il est étrange, parfois au point de donner l’impression de regarder un souvenir plutôt qu’une histoire.

Mais ce qui fait véritablement la force de Comet, c’est son écriture. Sam Esmail, que l’on retrouvera quelques années plus tard derrière Mr. Robot, construit ici une romance qui refuse les codes traditionnels du genre. Le film ne cherche pas à nous expliquer l’amour. Il cherche plutôt à nous faire ressentir ce qu’il peut avoir de fragmentaire, de contradictoire et d’insaisissable.

C’est probablement ce qui rapproche le plus Comet d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Les deux films sont des romances de science-fiction, mais la science-fiction y reste presque secondaire. Elle devient un outil pour parler de quelque chose de beaucoup plus humain : que reste-t-il d’une histoire d’amour lorsqu’on ne peut plus faire confiance au temps, à nos souvenirs ou même à notre propre perception ?

Dans Eternal Sunshine, l’effacement de la mémoire permet à Joel et Clementine de tenter d’échapper à leur histoire. Dans Comet, la narration elle-même semble échapper à toute forme de chronologie. Les souvenirs, les possibles et les différentes temporalités s’entremêlent, comme si l’histoire d’un couple ne pouvait jamais être racontée de manière parfaitement linéaire.

Et c’est peut-être là que Comet devient particulièrement bouleversant. Parce qu’il ne nous donne pas toutes les réponses. Il nous oblige à douter de ce que l’on voit, de ce qui s’est réellement passé et de ce qui pourrait simplement être une autre version de la même histoire.

À l’image d’Eternal Sunshine, le film pose finalement une question assez vertigineuse : si nous savions à l’avance qu’une histoire d’amour allait nous faire souffrir, choisirions-nous malgré tout de la vivre ?

Comet n’est évidemment pas un film pour tout le monde. Son rythme, sa construction narrative et son côté volontairement déroutant peuvent déstabiliser. Mais c’est précisément ce qui le rend si singulier. Il ne cherche jamais à être immédiatement compréhensible ou consensuel. Il préfère laisser une impression, une sensation, quelque chose qui continue à travailler le spectateur après le générique.

Et peut-être que c’est aussi pour cela qu’il mérite d’être redécouvert aujourd’hui. Parce qu’en seulement une heure et demie, Comet réussit à transformer une histoire d’amour en une expérience presque existentielle.

Un film sur les relations, certes. Mais surtout un film sur le temps, les souvenirs et cette étrange tendance que nous avons à vouloir retenir ce qui, par définition, est déjà en train de nous échapper.

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